mardi, avril 04, 2006

The King of Pop



Je sais bien que ces derniers temps, son nom a plus souvent été associé aux mots "scandale" et "pédophilie" qu'à ceux de "musique" et "succès", mais je pense rester assez objectif en affirmant qu'il s'agit là d'un des meilleurs artistes du 20ème siècle -sinon le meilleur quoi qu’en disent les critiques musicaux.

Les mélomanes autoproclamés s’entêtent à dénigrer ses derniers opus, en dénonçant un manque d’inspiration et une musique trop aseptisée (je reviendrai une autre fois plus en détail sur l’évolution musicale Jacksonienne.) C’est un point de vue comme un autre, « les goûts et les couleurs » ne se discutent pas.
Ce qui me dérange en revanche c’est que ces mêmes critiques musicaux prétendent n'établir aucun lien entre l'image du personnage et la qualité de l'oeuvre de l'artiste. Alors qu’on observe très clairement -malencontreux hasard ou curieuse coïncidence- que plus le personnage de Michael Jackson devient célèbre et (donc ?) controversé moins sa musique est appréciée des critiques.

Pour ce qui est de son image, personne ne peut nier que Michael Jackson est un personnage pour le moins dérangeant.
Le premier objet de polémique est bien entendu la métamorphose physique spectaculaire que l’on observe depuis les années 1980 : transformation faciale impressionnante au fil des années accompagnée d’un éclaircissement successif de l’épiderme (maladie de peau ou mystérieux procédé encore inconnu?)D’autre part, la vie de reclus qu’il menait jusqu’alors à Neverland –gigantesque ranch/zoo/parc d’attraction privé-, son goût affiché pour la compagnie des plus jeunes et enfin les récentes accusations d’abus sexuel sur un jeune garçon de 12 ans desquelles il a été innocenté en 2005 sont autant d’éléments qui contribuent à faire passer la star au mieux pour un excentrique au pire pour un monstre.

On peut toutefois s’étonner qu’aucune frontière ne soit véritablement établie entre l’homme et l’artiste lorsqu’il s’agit de le l’accabler de critiques. Pourquoi ce manque de discernement dans l’opinion publique ? Et pourquoi cet acharnement médiatique ? Lors de la nomination aux Oscars de Roman Polanski, condamné par contumace pour abus sexuels sur une jeune fille de 13 ans et interdit de séjour aux Etats-Unis, il était de bon ton de préciser que ce n’était pas l’homme que l’on jugeait mais l’œuvre de l’artiste ; pourquoi cette loi ne s’applique-t-elle pas au cas Jackson ?

Certains légitiment la sévérité des critiques en prétendant que dans le cas « Jackson » (comme il l’aime à le nommer avec mépris), l’aspect musical et l’aspect image seraient intrinsèquement liés. Puisque au fur et à mesure que le nez de la star s'est rétréci et que son teint s’est éclairci, ses compositions se seraient affadies et « pop-aseptisées » par un mouvement analogue, pour enfin aboutir à un son synthétique et artificiel, à l’image du visage de son auteur.
La comparaison est très tentante mais peu fondée. Il existe évidemment une forte corrélation entre l’image du personnage et l’évolution musicale de l’artiste mais il est arbitraire d’affirmer que la dégradation de la réputation de l’homme a été concomitante à la présumée perte de qualité des compositions du musicien.

Les débuts de Michael Jackson au sein des Jackson 5, par exemple, sont souvent évoqués comme l’âge d’or de sa carrière. Alors qu’il s’agissait essentiellement d’interprétation de mélodies sucrées et formatées à souhait parfois quasi identiques d’un album à l’autre ! L’usine Jackson 5 tournait d’ailleurs à plein régime, au rythme d’un album par an ! Curieusement, l’aspect « usine à tube » de la carrière des Jackson 5 n’est jamais évoqué. Les critiques aiment mieux à la présenter comme la période où Michael Jackson était encore Michael Jackson.
Bref, on constate donc une confusion entre l’aspect physique, la réputation de l’homme et l’épanouissement artistique du chanteur auteur compositeur.



De la même façon, la séparation du chanteur d’avec son mentor Quincy Jones dans les années 1990, ses collaborations avec Teddy Riley (jeune producteur de New Jack Swing, ancêtre du R&B mainstream contemporain), Slash, guitariste du groupe de rock Gun N Roses et ses compositions d’hymnes et autres ballades gospel sont souvent paradoxalement perçues comme un désir de formatage et comme une perte des racines soul par les nostalgiques.

Il est vrai que Michael Jackson aspire à travers son art à l'accès à l’universalité, à un monde sans « races », sans « couleurs », mais en quoi serait-ce blâmable ?
Là où le problème devient plus complexe, c’est que cette démarche artistique serait quelque part liée à une démarche intellectuelle et « physique » d’accès à l’universalité. Pour comprendre cette « démarche » il nous faut nous intéresser à la période durant laquelle Michael Jackson a été consacré Roi de la pop avec le phénomène Thriller et revenir sur le contexte social de cette époque.

Avant les années 1980, il n’y avait officiellement aucune transgression officielle des styles musicaux ou plutôt -vestiges de la ségrégation- de transgressions des « couleurs musicales. » Officieusement, bien sûr, des échanges s’opéraient. Nous connaissons tous le grand usurpateur de musique noire que fut le « King » Elvis Presley parmi de nombreux autres (inversement on peut très bien considérer le succès de la Motown comme une invasion des artistes noires dans la musique Pop américaine.)

Avec l’album Thriller, album le plus vendu de tous les temps, pour la première fois, les titres d’un artiste noir étaient diffusés sur des radios blanches.
En inventant le vidéoclip –support visuel animé mêlant chant et danse- Michael Jackson a également été l'un des premiers -sinon le premier- artistes noirs à être diffusés sur la chaîne musicale MTV. Enfin, en entrant dans le Guiness des records pour la meilleure vente d’album puis en remportant 8 Grammy Awards, le chanteur atteindra le sommet de sa carrière et deviendra –bien qu’étant noir- le chouchou de toute l’Amérique.



En 1984 le chanteur est reçu à la maison blanche par le président Ronald Reagan qui définit l’exploit de Michael Jackson comme l’incarnation du rêve américain.
C’est la consécration ; dans la société américaine des années 1980 un noir a officiellement incarné le mythe du self made man.
D’un point de vue politique et social, cet exploit symbolise l’intégration et l’universalité. La scène américaine cesse officiellement d’être blanche pour devenir l’Amérique du « tout le monde », l’Amérique du melting pot incarnée par Michael Jackson.

Du point de vue artistique ou plutôt commercial -voire marketing- c’est cette image que le chanteur va exploiter. Non plus cantonné au Charts R&B/Soul, Michael Jackson est devenu le roi de la musique populaire américaine, le King of Pop qui va bientôt envahir la planète toute entière et devenir une référence mondialement connue. Non plus un artiste noir mais officiellement le meilleur artiste de tous les temps. Son art est destiné à tous les publics, au « tout le monde » et a donc pour vocation l’universalité.
Cependant, seule ombre au tableau, on commence à se rendre compte que le petit minet aux traits fins, au teint clair et aux cheveux gominés ressemble de moins en moins au petit enfant noir à la coiffure afro qui chantait avec ses frères.En effet, c’est pendant le succès battant de Thriller que commence la métamorphose ; ou du moins c’est à ce moment qu’elle se fait de plus en plus flagrante.



On peut dès lors se demander si la transformation était un passage obligé, la condition sine qua non pour remporter un tel succès. L’estompage progressif des traits négroïdes aurait eut pour objectif de faciliter l’identification du plus grand nombre permettant ainsi d’acquérir la reconnaissance internationale et universelle. Processus conscient ou non, Michael Jackson se serait donc créer un visage reflétant la pluriethnicité de l’Amérique –et donc du monde- pour finalement se conformer progressivement aux critères de beauté de son élite blanche.
De l’accès à l’universalité, on passerait donc paradoxalement à l’échec de ce même accès à l’universalité face à la prépondérance de la culture dite occidentale.

Bien que la star se défende de toute accusation de blanchiment le fait est que « Michael Jackson » est aujourd’hui perçu comme un symbole de l’influence américaine sur le monde tout comme Coca Cola. Digne héritier de Fred Astaire et de Elvis, il incarne toute une époque de la culture de l’entertainment, l’un des quatre piliers de la puissance états-unienne. Les tubes efficacement composés et les vidéoclips réglés au millimètre près, assureraient la relève des musicals de la MGM et, à l’instar des blockbusters actuels, se révèleraient être de redoutables outils de propagande Yankee.

L’art de Michael Jackson ne saurait donc être apprécié à sa juste valeur. En réalité, l’ennui n’est pas tant qu’il existe un lien entre l’artiste et l’homme -l’absence de lien aurait été encore plus surprenante- mais plutôt que ce personnage hors norme a atteint un tel degré de célébrité et pose tant de questions sur l’état actuel de nos sociétés, de notre monde, que son art ne peut être que polémique, problématique. L’art fini par passer au second plan ou à être systématiquement dénigré non par pour sa qualité esthétique mais pour ce qu’il symbolise.



Michael Jackson serait finalement une éternelle victime de sa propre condition, celle de l’artiste qui a franchi l’ultime limite. Il serait donc voué à vivre dans le monde qu'il s'est crée aux frontières du notre. Mais peut-être est-ce pour le mieux car c'est dans ce monde qu'il devient maître et qu'il crée des mélodies, des rythmes, des danses, des images, bref son art.
Espérons pour lui -mais aussi pour nous- que son monde demeure le plus longtemps possible pour que puisse survivre l'un des derniers génies de notre ère.

2 Comments:

Blogger cocola said...

Chere amis je suis tout a fait daccord avec toi,de dire tout haut ce que personne ne dit comme si tout le monde sur le net pensait un seule et meme chose comme des moutons. A mon avis , Michael subbit le revers de la tempete qu'il a lui meme provoqué , parce que vu le phonomene qu'il a crée, tout le monde entier, a un moment ou un autre l'a aimé et admiré. Et comme tu le dit si bien, il est plus facile de taper sur quelqun qui est deja a terre. Dire que OFF THE WALL est son meilleur album est du pure snobisme parce qu il est pas mal, mais comparé aux monstres musicaux qui suivront n est en aucun cas le meilleur, le plus "pure" et "originel" peut etre. .J'espere de tout coeur que comme MJ le pretend lui meme son prochain album nous reservera encore des surprises mais j'ai bien peur que notre image de cet artiste ait definitivement été bouleversé, surtout au regard de la nouvelle génération.

10:40 AM  
Blogger K said...

Bonjour cocola, j'ignore par quel biais tu as eu accès à mon petit texte. Peut-être qu'on se connait?
J'aimerais te dire que ton point de vue est très pertinent mais il est le même que le mien et je n'ai pas envie d'avoir l'air prétentieux! Mais comme dirait mon professeur d'ethno "la fausse modestie est pire que la prétention" donc je le dis: ton point de vue me semble très juste.

4:31 PM  

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